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Comment Big Pharma choisit quels médicaments développer

Les fabricants de produits pharmaceutiques sont des businessmen, pas des professionnels de la santé. Ils créent des médicaments profitables pour leur business, et ceux-ci seront prescrits en masse par les médecins, et utilisés par autant de consommateurs que possible.

En tant que businessmen, leur loyauté première revient à leurs actionnaires. Ce sont le profit et la concurrence qui gouvernent toutes les décisions prises quant aux médicaments à développer, et ceux à commercialiser.

« L’affaire contre la science est sans équivoque : la plupart de la littérature scientifique, peut-être la moitié, est simplement fausse. Affligée par des études sur de petits échantillons, avec des effets amoindris, des analyses exploratoires invalides, et des conflits d’intérêt flagrants, ainsi qu’une obsession à suivre des tendances d’une importance douteuse, la science a pris un tournant vers l’obscurité. » – Dr Richard Horton, éditeur-en-chef de The Lancet

Il existe plusieurs domaines thérapeutiques clés qui dépendent de l’argent, et qui ont le potentiel de produire de grands succès : des médicaments qui traitent les maladies cardiovasculaires, le diabète, le cancer, et les troubles du système nerveux central.

Des maladies liées au style de vie

Un grand nombre des maladies traitées par ces médicaments sont liées au mode de vie. Si la plupart de ceux qui souffrent ce ces symptômes avaient un style de vie sain, ils pourraient inverser et/ou prévenir nombre de ces maladies. Mais Big Pharma ne s’occupe pas de la prévention des maladies. Elle s’occupe de leur traitement. On n’apprend pas aux médecins à promouvoir le bien-être, et à empêcher les maladies, on leur apprend à traiter les maladies. Par conséquent, on prescrit des médicaments pour la plupart des symptômes.

Quand les consommateurs se rendent compte qu’ils peuvent contrôler leurs symptômes, et, en fin de compte, leur santé, simplement en prenant un cachet, ils croient, à tort, qu’ils surmontent leur maladie.

Mais en ne changeant pas leur style de vie, ils ne font que masquer les symptômes. Par exemple, dans le cas d’une maladie cardiovasculaire, et de diabète, en ne choisissant pas un régime plus sain, et en conservant des kilos en trop (surtout des graisses abdominales), les patients restent sujets à d’autres maladies, et vont, par la suite, avoir besoin de plus de médicaments.

Les patients qui suivent un traitement quotidien mettent aussi leurs organes à l’épreuve de façon croissante, sans s’en apercevoir. C’est dans le plus grand intérêt de Big Pharma que vous ne mettiez pas en place ces changements de mode de vie, mais que vous choisissiez plutôt de prendre vos médicaments pour traiter vos symptômes. Les effets secondaires de ces médicaments vont vous amener à prendre d’autres médicaments pour traiter ces symptômes. C’est un cercle vicieux qui permet à Big Pharma de faire du profit.

« La profession médicale s’est fait acheter par l’industrie pharmaceutique, pas seulement en termes de pratique médicale, mais aussi en termes d’apprentissage et de recherches. Les institutions académiques de ce pays se permettent d’être des agents rémunérés par l’industrie pharmaceutique. Je trouve que c’est une honte. » (source 1)(source 2) – Arnold Seymour Relman (1923-2014), professeur de médecine à Harvard, et ancien éditeur-en-chef du New England Medical Journal

L’hypertension, une maladie qui rapporte

Alors, comment les entreprises pharmaceutiques choisissent-elles les médicaments à développer ? Ils regardent quels ont été les plus grands succès (les meilleures ventes) par le passé, et en produisent plus. L’hypertension est un très bon exemple de médicament à grand succès. Le Framingham Heart Study, sous la direction du National Heart, Lung, and Blood Institute (NHLBI), a commencé à étudier les maladies cardiovasculaires en 1948. Après chaque étude, ils font un compte-rendu de leurs découvertes. En 1967, le Framingham Heart Study a rapporté :

« Il a été démontré que l’activité physique réduit les risques de maladies cardiaques, et que l’obésité augmente les risques de maladie cardiaque. »

Toutefois, les physiciens n’ont pas été entraînés à recommander une activité physique accrue à leurs patients hypertendus. On les a entraînés à prescrire des médicaments qui traitent l’hypertension.

Des directives ont été prises, par rapport aux taux à partir desquels on considérait que quelqu’un a besoin d’un traitement pour l’hypertension, et qu’il faut lui prescrire des médicaments pour réduire la pression sanguine.

En 2015, le New York Times a relaté le fait qu’on mettrait fin plus tôt que prévu à SPRINT, l’étude clinique portant sur 9 300 hommes et femmes ayant le risque de développer une maladie cardiaque, car les résultats étaient tellement probants que les chercheurs voulaient les publier aussi tôt que possible. Suite aux données publiées, les médecins et infirmières furent entraînées à prescrire des médicaments contre l’hypertension aux gens avec des taux diastoliques et systoliques plus bas qu’avant que l’étude ne soit publiée. Plus de patients et plus de médicaments.

On n’apprend jamais aux patients que l’hypertension peut s’amoindrir après 20 minutes de marche à pied.

Non seulement, les données « positives » ont été appuyées par la communauté médicale, mais on en a fait part aux patients dans des publications telles que celles du New York Times.

Encore plus convaincant, on a utilisé des publicités dans les magazines, et des spots publicitaires à la télévision, pour donner plus de poids au message auprès des consommateurs. Toutes les communications médicales et les informations consommateur sont produites par l’agence de communication de Big Pharma.

L’essai clinique SPRINT (Systolic Blood Pressure Intervention Trial) a été conçu avec ce résultat en tête. Dès qu’ils ont atteint la conclusion désirée, l’étude a été interrompue pour distribuer les « bonnes nouvelles » au public, et pour changer le protocole qui détermine si une personne est sujette à l’hypertension.

A présent, les médecins prescrivent des médicaments pour l’hypertension aux patients qui pourraient ne pas être à risque, pour « protéger » leur système circulatoire de futures maladies cardiaques potentielles.

L’étude SPRINT, un coup marketing de Big Pharma

Le nom de l’étude, « SPRINT », a été donné par l’agence de communication qui a fait la promotion de l’essai clinique. Le fait de contrôler l’image de marque génère de l’enthousiasme, et permet la dissémination du message marketing, avec un nom accrocheur doté d’une connotation positive.

Ces noms ne sortent pas de nulle part. Ce sont des professionnels du marketing qui les inventent, car ils savent préparer et vendre un concept selon le programme, le protocole, ou le produit. Ces experts commencent déjà à parler de l’essai clinique avant même qu’il ne soit terminé, ce qui influence donc le personnel qui prescrit aux échelons les plus bas, y compris les médecins généralistes.

Le protocole a été écrit avant l’étude par la Medical Education Agency, un subsidiaire de l’agence de communication. Par conséquent, un nouveau traitement contre l’hypertension a vu le jour. Il n’a pas juste été acclamé, mais il est devenu un grand succès dès sa sortie. L’essai SPRINT a été financé par le NHLBI et le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK). Ces organisations ont reçu leurs subventions de l’industrie pharmaceutique, en particulier de l’entreprise qui avait prévu de lancer son médicament après la sortie des nouvelles données.

« Il n’est simplement plus possible de croire la plupart des recherches cliniques publiées, ou de faire confiance au jugement de physiciens de renom, ou aux directives médicales fiables. Je ne prends aucun plaisir à énoncer cette conclusion, qui s’est présentée à moi lentement et à contrecoeur après mes vingt ans en tant qu’éditrice-en-chef du New England Journal of Medicine. » – Dr Marcia Angell, physicienne et éditrice-en-chef de longue date du New England Medical Journal (NEMJ)

Pour résumer, citons J. Michael Pearson, PDG de Valeant Pharmaceuticals, qui a admis franchement, le 13 avril 2016, que sa responsaibilité première va aux actionnaires, pas à l’amélioration de le santé de ses consommateurs.

Plutôt que d’investir dans de nouvelles avancées, Valeant compte sur les acquisitions de médicaments et la hausse des prix.

« Si les produits se sont en quelque sorte vus attribuer un prix trop bas, et qu’il y a une opportunité, nous agirons de façon appropriée, puisqu’il s’agit de faire ce que nos actionnaires aimeraient que nous fassions. » – Michael Pearson, PDG de Valeant Pharmaceuticals

De plus en plus, aux Etats-Unis, ce sont seulement les plus riches qui peuvent se payer des soins médicaux, pas le consommateur moyen, qui a une mutuelle santé modeste.

En 2016, 56 médicaments de Valeant ont vu leur prix augmenter de 66% pourcent. Leur dernière acquisition pharmaceutique a incité une hausse du prix de 550 pourcent.

« Ma responsabilité première va aux actionnaires de Valeant. Nous pouvons faire tout ce que nous voulons. Nous allons continuer à réaliser des acquisitions, nous allons continuer à avancer. » – Michael Pearson, PDG de Valeant Pharmaceuticals

Le marché des valeurs de Valeant a augmenté de 1 000 pourcents depuis que Pearson en est devenu le PDG.

Avec ce message venant du haut de la hiérarchie, il est facile de se rendre compte que ce sont les patients qui vont souffrir de l’avidité de Big Pharma. Les entreprises pharmaceutiques continuent à prendre des décisions basées sur l’argent qu’ils vont se faire, pas sur le nombre de patients qu’ils peuvent aider.

Par Valentin Sterckman, Chercheurs de Vérités

Sources :

Framingham Heart Study

NCBI

NYTimes

CBC

Usuncut

Collective-Evolution

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